Dans l’approche de l’autonomie affective, devenir responsable de son bien-être passe notamment par un apprentissage essentiel : apprendre à reconnaître ses besoins et à chercher comment y répondre.
Nous avons tous des besoins : besoin de sécurité, de respect, de compréhension, d’encouragement, d’accueil, d’affirmation, de repos, d’action, de réalisme, d’amour… Ces besoins ne disparaissent pas parce que nous devenons adultes. Ce qui change à l’âge adulte, c’est que nous pouvons progressivement apprendre à prendre la responsabilité d’y répondre.

Cela ne veut pas dire que nous n’avons besoin de personne. Nous sommes des êtres relationnels et nous avons besoin des autres. Cela signifie plutôt que je ne peux pas remettre entièrement mon bien-être entre les mains des autres en attendant qu’ils comprennent mes besoins, les devinent ou y répondent exactement comme je le souhaite.
Quand un besoin reste sans réponse
Très souvent, derrière une souffrance, il y a un besoin qui cherche une réponse. Je peux me sentir seule et avoir besoin de contact, dépassée et avoir besoin de soutien, insécurisée et avoir besoin de me rassurer, épuisée et avoir besoin de repos. Je peux aussi vivre une situation qui ne me convient plus et avoir besoin de poser une limite ou de prendre une décision.
Lorsque je ne reconnais pas ce besoin ou que je ne cherche pas comment y répondre, je peux me sentir de plus en plus impuissante. Certaines anciennes habitudes de penser peuvent alors apparaître :
« Je ne peux rien faire. »
« Il faudrait qu’il change. »
« Personne ne comprend. »
« Je n’ai pas le choix. »
« Ça ne sert à rien. »
Je peux alors avoir l’impression que mon bien-être dépend entièrement de ce qui se passe autour de moi. Pourtant, prendre la responsabilité de mes besoins ne signifie pas tout faire seule. Cela signifie que je reste responsable de chercher ce que je peux faire pour prendre soin de moi.
Passer de « je n’ai pas de solution » à « qu’est-ce que je peux faire? »
Voilà un changement intérieur majeur. Devant une difficulté, ma programmation de départ peut rapidement conclure : « Je suis prise là-dedans. Il n’y a rien à faire. Je ne serai pas capable. »
La mise à jour intérieure consiste alors à revenir vers une question beaucoup plus aidante :
De quoi ai-je besoin et qu’est-ce que je peux faire pour y répondre?
Parfois, la réponse sera une action très concrète : téléphoner, demander de l’aide, prendre rendez-vous, dire non, me reposer, chercher de l’information, exprimer clairement ce dont j’ai besoin, changer quelque chose dans mon quotidien ou prendre une décision que je repousse.
À d’autres moments, je ne pourrai pas changer la situation elle-même. Je devrai peut-être traverser une perte, accepter une déception, vivre avec une limite ou faire face à une réalité que je n’aurais pas choisie. Mais même dans ces situations, il reste une question essentielle :
Comment puis-je prendre soin de moi à travers ce que je vis?
Voilà où se trouve ma responsabilité.
La solution n’est pas toujours celle que j’aurais voulue
Répondre à un besoin ne veut pas dire que nous obtenons toujours ce que nous voulons. Je peux vouloir qu’une personne m’aime et elle peut choisir de partir. Je peux souhaiter garder un emploi et le perdre. Je peux vouloir que quelqu’un change et découvrir qu’il ne changera pas. Je peux souhaiter qu’une réalité soit différente alors qu’elle ne dépend pas de moi.
La solution n’est donc pas toujours de changer l’extérieur. Parfois, elle consiste à reconnaître la réalité et à chercher comment répondre à mes besoins à l’intérieur de cette réalité.
Si une personne ne peut pas me donner ce dont j’ai besoin, où puis-je chercher du soutien? Si une situation ne peut pas être changée, comment puis-je me protéger ou m’adapter? Si une porte se ferme, quelle autre possibilité puis-je explorer? Si je ne sais pas quoi faire, qui peut m’aider à réfléchir?
La responsabilité ne consiste pas à tout savoir. Elle consiste à ne pas m’abandonner devant mon propre besoin.
La dépendance affective nous tourne vers l’extérieur
Nous avons souvent appris très tôt à chercher notre bonheur à l’extérieur de nous : dans le regard des autres, dans ce que nous faisons, ce que nous avons, ce que nous réussissons, notre apparence, nos relations ou les circonstances de notre vie.
Est-ce que les autres m’aiment? Est-ce qu’ils m’approuvent? Est-ce qu’ils font ce dont j’ai besoin? Est-ce que la vie se déroule comme je le souhaite?
Lorsque mon bien-être dépend principalement de ces conditions extérieures, il devient fragile. Je peux bien sûr demander quelque chose à quelqu’un, chercher du soutien, avoir besoin d’une relation ou souhaiter qu’une situation change. Mais prendre la responsabilité de mon bonheur, c’est apprendre à revenir à ce qui est en mon pouvoir.
Me responsabiliser sans me juger
Il est important de ne pas transformer cette idée en une nouvelle façon de me taper dessus. Prendre la responsabilité de mon bonheur ne veut pas dire : « Si je souffre, c’est de ma faute. »
Cela veut plutôt dire : « Maintenant que je vois que je souffre, comment puis-je m’aider? »
Voilà une différence fondamentale. Je peux avoir appris des habitudes de penser qui me nuisent. Je peux ne pas encore savoir comment répondre à certains de mes besoins. Je peux avoir besoin d’aide pour le découvrir. Tout cela fait partie de l’apprentissage. Je n’ai pas à être parfaite pour apprendre à devenir responsable de mon bien-être.
Pourquoi une nouvelle façon de penser ne fait pas toujours du bien tout de suite
Lorsque je commence à faire ma mise à jour intérieure, il peut arriver que je comprenne très bien une nouvelle façon de voir les choses sans pour autant me sentir immédiatement mieux. C’est normal.
Mes anciennes habitudes de penser ne sont pas apparues hier. Je les ai parfois répétées pendant des années sans même savoir qu’elles étaient là. Elles sont devenues automatiques et, surtout, je les ai longtemps crues comme si elles représentaient la vérité.
Une nouvelle façon de penser peut donc me sembler logique dans ma tête sans être encore complètement intégrée intérieurement. Je peux comprendre intellectuellement : « Ma valeur ne dépend pas de la réaction de cette personne » ou « Je peux chercher une autre solution même si celle que je voulais n’est pas possible », mais continuer malgré tout à ressentir de la peur, de la tristesse ou de l’insécurité.
Cela ne veut pas dire que la mise à jour intérieure ne fonctionne pas. Cela veut dire que je suis en train d’apprendre. Je peux continuer à remettre mon ancienne habitude en question, revenir au réel et pratiquer une nouvelle façon de me parler jusqu’à ce qu’elle commence progressivement à passer de ma tête à mon cœur.
Mes émotions m’aident à vérifier ce que je crois encore
Mes émotions deviennent alors un précieux tableau de bord. Après avoir fait ma mise à jour intérieure, je peux me demander :
Est-ce que ce que je viens de me dire me semble réellement vrai?
Est-ce que mon sentiment commence à changer?
Est-ce que je me sens un peu plus rassurée, encouragée ou en paix?
Ou est-ce qu’une partie de moi croit encore fortement à mon ancienne façon de penser?
Si mon sentiment ne change pas, ce n’est pas une raison pour me décourager ou me juger. C’est plutôt une invitation à continuer à regarder ce que je crois encore et à chercher une réponse plus vraie, plus réaliste et plus aidante pour moi.
Mes anciennes habitudes se sont construites par la répétition. Mes nouvelles habitudes vont elles aussi se construire par la répétition.
Mon bonheur vient-il vraiment de l’extérieur?
Voilà une prise de conscience fondamentale en autonomie affective. Si une grande partie de mon mal-être est alimentée par mon discours intérieur, mes perceptions, mes croyances et la façon dont je me traite, cela signifie également que je possède un pouvoir réel sur mon bien-être. Et c’est une excellente nouvelle.
Mon bonheur ne vient pas uniquement de ce que je fais, de ce que j’ai ou de l’image que je projette. Il ne peut pas dépendre entièrement de mon emploi, d’une voiture neuve, de l’humeur des autres, de mes enfants, de mon conjoint, de la météo, de la circulation ou des nouvelles.
Toutes ces réalités peuvent évidemment m’affecter. Mais elles ne déterminent pas à elles seules la façon dont je vais me faire vivre ce qui arrive.
Mon seul contrôle est sur la façon dont je me fais vivre ce qui arrive : est-ce que je me nuis ou est-ce que je cherche à m’aider?
Je peux donc apprendre à observer mes perceptions, mes croyances et mes habitudes de penser, puis à faire une mise à jour intérieure lorsque certaines d’entre elles sabotent mon bien-être.
Revenir à ce qui dépend de moi
Lorsque je me sens coincée dans un problème, je peux revenir à quelques questions simples :
Qu’est-ce que je ressens?
De quoi ai-je besoin?
Qu’est-ce qui dépend réellement de moi?
Qu’est-ce que je peux faire maintenant pour prendre soin de ce besoin?
Ai-je besoin d’aide pour trouver une solution?
Et lorsque je remarque qu’une ancienne habitude de penser m’empêche d’avancer, je peux me demander :
Qu’est-ce que je décide de croire, d’apprendre à croire et de pratiquer dorénavant?
Je passe ainsi progressivement de l’impuissance à la recherche de possibilités. Je ne cherche plus seulement qui devrait changer ou ce qui devrait être différent pour que je sois bien. Je reviens vers moi.
Prendre la responsabilité de mon bien-être
C’est un apprentissage qui se fait toute une vie. Je ne contrôle pas les autres, je ne contrôle pas toutes les circonstances et je ne contrôle pas tout ce qui peut m’arriver. Mais je peux apprendre à ne plus m’abandonner lorsque quelque chose devient difficile.
Prendre la responsabilité de mes besoins, c’est apprendre à devenir une personne sur laquelle je peux moi-même compter. Non pas parce que je n’aurai plus jamais besoin des autres, mais parce que, peu importe ce qui arrive, je veux apprendre à rester de mon côté, à répondre à mes besoins et à chercher comment prendre soin de moi.
Renée Marc-Aurèle, Thérapeute en Relation d’aide – Approche autonomie affective
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